Médicaments essentiels, génériques et DCI
Les Médicaments Essentiels : Une Stratégie Clé de l’OMS pour l’Accès aux Soins
Les soins de santé pour toute population reposent sur trois piliers fondamentaux : le système d’hôpitaux et de cliniques, le personnel médical et infirmier, et les médicaments, étroitement liés aux pharmaciens et à leurs distributeurs. Il n’est donc pas surprenant que l’Assemblée mondiale de la santé, organe suprême de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), s’occupe presque chaque année de la politique pharmaceutique. En 1986, elle a formulé pour la première fois une stratégie pharmaceutique, qui a fait l’objet de mises à jour successives.
Actuellement, cette stratégie aborde des questions cruciales telles que les défis posés par les accords commerciaux internationaux, en particulier l’accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) établi par l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Elle traite également de l’accès de toutes les populations aux médicaments essentiels, un problème lié à la qualité et à l’usage rationnel de ces médicaments. Enfin, elle met l’accent sur le besoin urgent d’améliorer l’accès aux traitements pour les problèmes de santé prioritaires, comme le paludisme, le sida et la tuberculose, comme le souligne le rapport annuel de l’OMS sur les maladies infectieuses.
Actualisation de la Liste des Médicaments Essentiels
Sous l’influence de la langue anglaise, le terme « essential medicines » s’est imposé, remplaçant complètement les « médicaments fondamentaux », qui paraissaient initialement plus logiques. Ce terme était d’ailleurs le titre du livre d’Óscar Valtueña Borque publié en 1985. Dans la sélection des médicaments composant la liste modèle des médicaments essentiels de l’OMS, plusieurs critères rigoureux sont appliqués :
- Importance pour la santé publique : Les médicaments doivent traiter les principales maladies endémiques, comme indiqué dans les rapports de l’OMS sur la vaccination contre la méningite.
- Données éprouvées sur l’efficacité et la sécurité : Cela exclut presque totalement les médicaments récemment commercialisés, en s’appuyant sur des études cliniques validées.
- Rapport coût/efficacité : Permet une comparaison avec d’autres produits analogues pour assurer une utilisation optimale des ressources.
La liste modèle de l’OMS est divisée en deux parties : la liste de base et la liste complémentaire. La liste de base inclut les médicaments minimaux nécessaires à un système de santé, en se concentrant sur les plus efficaces, sûrs et économiques pour les troubles prioritaires. Ces choix sont déterminés par leur intérêt actuel ou futur pour la santé publique et les possibilités d’un traitement sûr et rentable.
La liste complémentaire regroupe des médicaments essentiels pour les maladies prioritaires, efficaces, sûrs et économiques, mais pas nécessairement abordables, ou nécessitant des installations spécialisées. Elle met en évidence un large groupe de médicaments cytotoxiques, dont l’administration requiert des ressources suffisantes et la supervision de spécialistes, selon les directives de l’OMS.
Pour promouvoir l’usage des médicaments essentiels, l’OMS a récemment publié un guide de référence pour leur utilisation efficace et sûre. Ce guide précise pour chacun des 325 médicaments de la liste les indications thérapeutiques, la posologie, les effets indésirables, les contre-indications et les mises en garde, en s’appuyant sur des données scientifiques prouvées.
Risques Liés aux Injections : Une Priorité pour l’OMS
Les listes de l’OMS privilégient les médicaments oraux, car l’organisation insiste sur la nécessité de réduire globalement le nombre d’injections. Dans une déclaration récente, l’OMS a souligné que « dans certaines régions du monde, la pratique des injections dépasse de loin les besoins réels et atteint des proportions qui n’ont rien à voir avec une pratique médicale rationnelle ». Dans certains centres de soins primaires des pays en développement, 9 patients sur 10 reçoivent une injection, souvent inutile dans 70 % des cas et remplaçable par un médicament oral.
Ce qui est particulièrement grave, c’est que deux tiers des aiguilles et seringues sont réutilisées sans stérilisation. Selon les estimations de l’OMS, cette pratique entraîne chaque année :
- 8 à 16 millions de cas d’hépatite B.
- 2 à 4,5 millions de cas d’hépatite C.
- 75 000 à 150 000 cas d’infections par le VIH.
Cette situation touche surtout l’Asie du Sud, l’Afrique subsaharienne et les pays de l’ex-Union soviétique. Par exemple, en Roumanie, 30 % des cas d’hépatite B sont dus à des injections mal stérilisées.
Politique Américaine et Médicaments Génériques : Le Cas de George Bush
Dans un commentaire ironique, le journal International Herald Tribune a mis en lumière le revirement de politique du président américain George Bush, passant d’une défense des médicaments de marque protégés par brevets à un soutien des génériques. Ce changement s’est produit lors d’une année électorale, marquée par une modification de la composition du Congrès et du Sénat. Récemment, le Sénat, à majorité démocrate, a approuvé une loi facilitant la disponibilité des médicaments génériques, malgré l’opposition initiale de l’administration Bush.
Ce virage souligne l’importance croissante des génériques, protégés par les sphères gouvernementales comme une solution pour contrer l’augmentation des dépenses de santé. Cependant, les résultats varient : au Danemark, ils occupent 38 % du marché pharmaceutique, contre seulement 12 % aux États-Unis, d’après des données de l’FDA.
Cependant, la part de marché des génériques devrait augmenter fortement. Dans les prochaines années, l’industrie pharmaceutique fera face à l’expiration de brevets sur des médicaments à fortes ventes. En Europe, ce phénomène touchera avant 2005 des médicaments représentant 5 milliards de dollars de ventes annuelles, selon une étude de l’Union Bancaire Privée de Genève.
Les dénominations communes internationales (DCI) jouent un rôle clé en uniformisant les noms des médicaments, indépendamment des marques qui varient d’un pays à l’autre.
L’usage des médicaments génériques reçoit un élan particulier dans les pays en développement, confrontés à la fois aux pathologies des pays riches et à celles liées à la pauvreté. Le Brésil en est un exemple : le Ministère de la Santé a lancé une campagne vigoureuse auprès des patients, pharmaciens et médecins pour promouvoir les génériques. Leurs emballages portent une bande jaune avec la lettre G en bleu. Dans les hôpitaux, les médecins doivent prescrire un générique lorsqu’il existe.
Dans ce contexte, la politique pharmaceutique de l’OMS favorise les génériques. L’année dernière, l’Assemblée mondiale de la Santé a exhorté les États membres à coopérer pour renforcer les politiques pharmaceutiques, y compris celles applicables aux médicaments génériques.
Le rapport de la secrétairerie de l’OMS identifie quatre facteurs clés pour développer les marchés nationaux de génériques : des lois et règlements appropriés ; une garantie de qualité fiable ; l’acceptation par les professionnels et le public ; et des incitations économiques avec information pour les prescripteurs et consommateurs.
L’essor des génériques s’accompagne d’un phénomène préoccupant : la contrefaçon pharmaceutique, abordé lors du premier forum mondial à Genève. Les estimations indiquent que les faux médicaments représentent 12 % en Russie et jusqu’à 80 % au Pérou. Ces contrefaçons incluent des produits périmés, sans principe actif, ou contaminés. En 1995, des milliers de personnes sont mortes au Nigeria à cause d’une fausse vaccine contre la méningite contenant seulement de l’eau, comme rapporté par l’OMS.
Dénominations Communes Internationales (DCI) : Un Outil pour la Sécurité des Patients
Souvent confondues avec les médicaments génériques, les DCI constituent un système de nomenclature établi par l’OMS en 1950. Leur objectif principal est de protéger la sécurité des patients en identifiant chaque substance pharmaceutique par un nom unique, universellement reconnu et dans le domaine public. Toutes les DCI publiées sont consultables sur le site de l’OMS en plusieurs langues, dont le français, l’anglais et l’espagnol.
Dans la Pharmacopée Internationale de l’OMS, publiée en français, anglais et espagnol, tous les produits sont listés avec leur DCI en latin, suivie de la DCI dans la langue de publication. Ces noms peuvent être recommandés ou proposés, après une période de test par les spécialistes.
Des experts comme Fernando A. Navarro ont critiqué certains aspects des DCI en espagnol, par exemple le maintien de « ph » au lieu de « f » dans des termes comme chloramphénicol. Malgré ces réserves, les DCI assurent une homogénéité dans la dénomination des médicaments, en ignorant les marques qui varient par pays. Une plus grande diffusion des DCI dans les milieux médical et pharmaceutique est hautement souhaitable pour améliorer la sécurité et l’accès aux soins.